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Amortissement dérogatoire : calcul et écritures du compte 145

Calculez l’amortissement dérogatoire avec un tableau sur cinq ans : dotation en 68725 et 145, reprise en 78725 et contrôle du solde à la clôture.

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Amortissement dérogatoire : calcul et écritures du compte 145
Sommaire de l’article

À quoi sert l’amortissement dérogatoire ?

L’amortissement comptable répartit le montant amortissable selon l’utilisation du bien. Un régime fiscal peut autoriser une déduction plus rapide, par exemple avec un amortissement dégressif. L’écart est suivi séparément pour conserver un plan comptable qui décrit la consommation réelle de l’actif.

Le Plan comptable général (PCG) classe les amortissements dérogatoires parmi les provisions réglementées. Le compte 145 figure ainsi dans les capitaux propres, au passif du bilan. Ce n’est ni un compte d’amortissement de classe 28, ni une provision pour un risque. ANC — PCG 2026, articles 214-8 et 1211-14.

Un écart entre comptabilité et fiscalité ne suffit toutefois pas à justifier 145. Il faut identifier le dispositif fiscal applicable au bien. Une fraction d’amortissement définitivement non déductible se traite fiscalement ; elle ne devient pas une dotation dérogatoire.

Pour revoir le calcul de l’annuité économique, consultez le guide des amortissements et écritures d’inventaire.

Comment calculer un amortissement dérogatoire sur cinq ans ?

ExempleUne presse industrielle neuve de 16 000 €

Une entreprise acquiert et met en service une presse de fabrication le 1er janvier 2026. Son coût immobilisé est de 16 000 € HT, la TVA étant récupérable. L’utilisation prévue justifie un amortissement comptable linéaire sur cinq ans, sans valeur résiduelle. Les exercices se terminent au 31 décembre.

La machine est éligible au dégressif fiscal et l’entreprise retient ce régime sur une durée normale d’utilisation de cinq ans. Le cas ne comporte ni cession ni dépréciation pendant cette période.

Les matériels industriels de fabrication font partie des catégories éligibles. Le régime vise en principe des biens neufs, avec une durée normale d’utilisation d’au moins trois ans : il ne s’applique donc pas automatiquement à toute immobilisation. BOFiP — Biens concernés ; matériels de fabrication, § 10 à 30.

Calculer les deux premières annuités

L’annuité comptable reste de 16 000 ÷ 5 = 3 200 €. Pour le dégressif fiscal, le taux linéaire de 20 % est multiplié par le coefficient de 1,75, soit 35 %. BOFiP — Calcul de l’amortissement dégressif, § 120 à 150.

En 2026, l’annuité fiscale atteint 16 000 × 35 % = 5 600 €. L’écart avec les 3 200 € comptables donne la dotation de 2 400 € présentée en haut du guide.

En 2027, la base fiscale restante est de 16 000 − 5 600 = 10 400 €. L’annuité fiscale vaut donc 10 400 × 35 % = 3 640 €. La dotation dérogatoire supplémentaire est de 440 € ; le solde créditeur de 145 passe à 2 840 €.

Suivre les dotations et les reprises jusqu’au terme

ExerciceAnnuité comptableAnnuité fiscaleDotation 68725Reprise 78725Solde 145
20263 200 €5 600 €2 400 €—2 400 €
20273 200 €3 640 €440 €—2 840 €
20283 200 €2 366 €—834 €2 006 €
20293 200 €2 197 €—1 003 €1 003 €
20303 200 €2 197 €—1 003 €0 €
Total16 000 €16 000 €2 840 €2 840 €0 € au terme

En 2028, l’annuité fiscale devient inférieure à l’annuité comptable : 3 200 − 2 366 = 834 € doivent être repris. La machine reste amortie comptablement de 3 200 € ; c’est l’avantage fiscal accumulé en 145 qui commence à se résorber.

Au début de 2029, il reste 4 394 € à amortir fiscalement sur deux ans. Le calcul dégressif donne 4 394 × 35 % = 1 537,90 €, contre 4 394 ÷ 2 = 2 197 € sur la durée restante. L’entreprise retient cette seconde annuité, plus élevée, puis 2 197 € en 2030. Cette possibilité est prévue par le BOFiP, § 250 et 260.

Dans ce cas, les deux plans amortissent le même coût de 16 000 € ; seul le calendrier de déduction diffère. Les dotations et les reprises dérogatoires s’équilibrent sur cinq ans.

Quelles écritures passer en 68112, 68725 et 78725 ?

Enregistrer l’amortissement comptable chaque année

La presse est suivie au compte 2154. À chaque clôture du cas présenté, son amortissement économique donne l’écriture suivante :

CompteLibelléDébitCrédit
68112Dotation aux amortissements corporels3 200 €
28154Amortissement du matériel industriel3 200 €

La dotation dérogatoire s’ajoute séparément : 68725 au débit et 145 au crédit, pour 2 400 € en 2026, puis 440 € en 2027. Le compte 28154 conserve uniquement les amortissements comptables du matériel.

Reprendre l’amortissement dérogatoire à partir de 2028

La reprise réduit le solde de 145 et augmente le résultat exceptionnel :

CompteLibelléDébitCrédit
145Amortissements dérogatoires — reprise834 €
78725Reprise sur amortissements dérogatoires834 €

En 2029 et 2030, la même écriture est passée pour 1 003 €. Le compte 145 est entièrement soldé à la fin du plan. Les comptes 68725 et 78725 ainsi que le fonctionnement de 145 figurent dans le PCG 2026, pages 146, 149 et 155.

Ces écritures restent en résultat exceptionnel : le PCG y maintient les écritures d’origine purement fiscale, dont l’amortissement dérogatoire. La nouvelle définition du résultat exceptionnel ne les bascule pas en exploitation. PCG, article 513-5. Le guide des charges et produits exceptionnels explique cette distinction.

Quel effet sur la valeur nette comptable et le résultat fiscal ?

À la fin de 2026, la valeur nette comptable (VNC) de la presse est de 16 000 − 3 200 = 12 800 €. Les 2 400 € du compte 145 restent au passif : ils ne doivent pas être retranchés une deuxième fois de cette VNC.

Pour le résultat, l’effet des écritures se lit ainsi :

ExerciceCharge comptableDotation ou reprise dérogatoireCharge nette du cas
20263 200 €+ 2 400 € de dotation5 600 €
20283 200 €− 834 € de reprise2 366 €

Dans les hypothèses retenues, cette charge nette correspond à l’annuité fiscalement déductible. Ne déduisez pas une seconde fois les 2 400 € en dehors de la comptabilité : ils sont déjà compris dans le résultat à travers 68725. Les éventuels autres retraitements fiscaux de l’entreprise s’examinent séparément.

Que vérifier à la clôture ou lors d’une cession ?

Conservez un tableau par immobilisation, avec le coût, les dates d’acquisition et de mise en service, les durées retenues et le texte qui permet le régime fiscal. Rapprochez ensuite les annuités, les mouvements de 145 et son solde avec la comptabilité.

Trois contrôles évitent les erreurs courantes :

  • Le bon point de départ. Dans notre cas, acquisition et mise en service coïncident au 1er janvier. En cours d’année, le dégressif fiscal se calcule à partir du premier jour du mois d’acquisition ou de construction : ne recopiez pas une annuité entière. BOFiP, § 180 à 210.
  • Le solde à reprendre. Dans ce plan, le cumul des annuités fiscales moins le cumul des annuités comptables correspond au solde créditeur de 145. Une reprise ne doit pas laisser ce compte débiteur pour la machine.
  • Le minimum fiscal. Le suivi doit aussi respecter l’obligation d’amortissement minimal prévue par l’article 39 B du CGI. Une omission peut faire perdre définitivement une fraction de déduction. BOFiP — Amortissement minimal, § 130 à 150.

Si le bien est vendu avant la fin du plan, actualisez les amortissements jusqu’à sa sortie et reprenez le solde dérogatoire qui lui reste attaché, par débit de 145 et crédit de 78725. Cette reprise accompagne les écritures de cession ; elle ne remplace ni la sortie de l’actif ni le calcul de sa VNC. Le guide des acquisitions et cessions d’immobilisations détaille ces écritures.

Sources officielles

Sources consultées le 22 septembre 2026. Les montants du tableau sont calculés pour la presse et les hypothèses présentées.