Écriture Comptable

Guide pratique · Focus technique comptable

Dépréciation des stocks : calcul, justificatifs et écritures

Stocks invendus, abîmés ou obsolètes : calculez la dépréciation, justifiez sa déduction fiscale et passez les écritures 68173, 397 et 78173 avec un cas chiffré.

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Dépréciation des stocks : calcul, justificatifs et écritures
Sommaire de l’article

Stock invendu, déprécié ou détruit : quelle différence ?

Une boutique conserve une ancienne collection, un commerce en ligne vend difficilement un modèle remplacé, un grossiste retrouve des emballages détériorés. La première question est simple : ces produits sont-ils toujours présents et quelle valeur peuvent-ils encore procurer ?

Situation à la clôtureAction à réaliser
Ancien, mais vendable au-dessus du coûtPas de décote automatique
Vendable seulement en dessous du coûtCalculer la perte de valeur
Présent, sans valeur récupérableDépréciation jusqu’à 100 %
Déjà vendu ou détruitSortir du stock

Le guide concerne les comptes individuels français au Plan comptable général (PCG) et, pour la fiscalité, les entreprises au régime réel. Le cas chiffré porte sur des marchandises achetées pour être revendues, sans couverture financière ni contrat de vente ferme. Les montants sont hors taxes, dans une entreprise qui récupère la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Si les biens ont effectivement disparu avant la clôture, le sujet devient celui de la destruction des stocks et de ses justificatifs. Une ligne « dépréciation 100 % » ne remplace pas la sortie d’un bien déjà détruit.

Calculer la dépréciation : partir des quantités et du coût

1. Fiabiliser le stock avant d’appliquer une décote

Exportez l’inventaire à la date de clôture et rapprochez-le du comptage. Pour chaque référence, gardez la quantité, le coût unitaire, l’état du produit et la date du dernier mouvement. Identifiez aussi les biens entreposés chez un logisticien : leur éloignement ne les retire pas du patrimoine de l’entreprise.

Une quantité erronée se corrige dans l’inventaire. Un mauvais coût se corrige dans la valorisation. Une dépréciation ne doit pas servir à absorber ces deux erreurs. Pour enregistrer le stock brut, retrouvez les écritures d’inventaire et de variation des stocks.

Le coût d’achat n’est pas toujours le prix porté sur la facture : il tient notamment compte des réductions obtenues et des frais directement liés à l’acquisition. Dans un dossier de négoce, contrôlez donc que les frais d’approche n’ont pas été oubliés. BOFiP, valorisation des stocks.

2. Retenir une valeur de vente crédible

Pour les marchandises de notre exemple, la valeur actuelle correspond au montant récupérable par la vente dans des conditions normales, net des coûts directement attribuables à cette sortie. Nous supposons d’abord ces coûts nuls ; leur particularité fiscale est traitée plus bas. Ne comparez pas le coût à un ancien prix catalogue que personne ne paie plus. ANC, PCG 2026, articles 214-6 et 214-22.

Prenons un article acheté 80 € et auparavant proposé à 120 €. S’il se vend encore normalement 90 €, la baisse du prix affiché n’a pas créé de perte par rapport au coût : aucune dépréciation. S’il ne peut plus se vendre que 60 €, la perte est de 20 € par unité.

Cherchez une preuve cohérente avec l’état du lot : ventes récentes comparables, offre écrite d’un déstockeur, prix effectivement pratiqués après une baisse durable, constat de défaut. Une annonce isolée à prix cassé n’établit pas à elle seule la valeur de tout le stock.

3. Appliquer le calcul au lot concerné

Dépréciation = quantité restante × maximum de zéro et de l’écart « coût unitaire − valeur actuelle unitaire ».

Séparez les produits ordinaires, les retours clients et les emballages abîmés même s’ils portent la même référence commerciale. Ils peuvent ne pas se revendre au même prix. N’appliquez pas à 500 articles sains la décote constatée sur 20 articles endommagés.

ExempleTrois lots de marchandises à la clôture

Le lot A comprend 100 anciens modèles achetés 80 € pièce, revendables 60 €. Le lot B comprend 50 articles achetés 40 €, revendables 50 €. Le lot C comprend 20 produits achetés 100 €, toujours présents mais sans débouché ni valeur de récupération justifiés. Aucun frais de sortie n’est retenu dans ce cas.

LotCoût totalValeur actuelleDépréciation
A — ancien modèle8 000 €6 000 €2 000 €
B — vendable avec marge2 000 €2 500 €0 €
C — sans valeur2 000 €0 €2 000 €
Total12 000 €—4 000 €

Les 500 € de marge potentielle du lot B ne diminuent pas la perte des lots A et C. Le lot B reste comptabilisé pour son coût de 2 000 € : aucune marge n’est enregistrée avant la vente.

Au bilan : 8 000 € de stock net
Coût du stock12 000 €
8 000 € · valeur nette4 000 € · dépréciation

Quelle écriture passer avec les comptes 68173 et 397 ?

Le stock brut reste dans son compte de classe 3. La perte de valeur apparaît séparément en 39, avec une subdivision adaptée au stock concerné.

Nature du stockCompte de dépréciation
Matières premières391
Autres approvisionnements392
En-cours de biens / services393 / 394
Produits395
Marchandises397

La dotation utilise 68173 ; la reprise utilise 78173. ANC, PCG 2026, plan de comptes.

En supposant qu’aucune dépréciation n’existait auparavant sur nos trois lots :

CompteLibelléDébitCrédit
68173Dotation pour dépréciation des stocks4 000,00
397Dépréciation des marchandises — lots A et C4 000,00

Le résultat diminue de 4 000 €, avant effet fiscal éventuel. Aucun argent ne sort de la banque au moment de cette écriture. La trésorerie a été mobilisée lors du règlement des achats ; l’écriture constate qu’une partie ne sera probablement pas récupérée. C’est une des raisons pour lesquelles résultat et trésorerie évoluent différemment.

Ne créditez pas directement le 37 pour constater cette seule perte de valeur : vous perdriez la distinction entre le coût des marchandises encore détenues et leur dépréciation.

Stocks anciens : peut-on appliquer 30 %, 50 % ou 100 % ?

Il n’existe pas de barème général autorisant une décote à partir de 6, 12 ou 24 mois. Un taux par ancienneté doit traduire une perte probable étayée. Une méthode statistique peut être admise si elle donne une approximation suffisamment précise ; un pourcentage arbitraire sur tout le stock ne suffit pas. BOFiP, dépréciation des stocks, § 70 à 90.

MéthodeÀ retenir
« Plus de deux ans = 100 % »✗ Insuffisant seul
Taux relié aux ventes de lots comparables✓ Base à documenter
Offre ferme de reprise du lot✓ Preuve concrète à examiner
Note automatique du logiciel✗ Pas une preuve de valeur

Pour construire une grille exploitable, regroupez des produits comparables, mesurez les prix réellement obtenus sur les anciens lots et conservez la période d’observation. Retirez du groupe les références dont la situation diffère : nouvelle commande reçue, produit devenu rare, défaut particulier.

Exemple : votre historique montre que certains accessoires anciens se vendent à 65 % de leur coût. Cela peut étayer une décote de 35 % sur un ensemble réellement comparable. Cela ne justifie ni 35 % sur les accessoires récents ni 100 % sur tous les articles sans mouvement. Faites valider les exceptions par la personne qui connaît les ventes, puis conservez cette validation avec le calcul.

Déduction fiscale : quelles conditions et quels justificatifs ?

Le Code général des impôts impose de constater la perte lorsque le cours du jour est inférieur au coût. La déduction suppose notamment une perte précisée, rendue probable par les événements à la clôture, et une inscription effective dans les comptes. Annexe III au CGI, article 38 decies ; CGI, article 39, 1-5°.

Le dossier à conserver pour chaque lot significatif

Préparez un fichier permettant à un autre comptable de refaire le calcul sans vous appeler :

  1. Inventaire daté : références, quantités et localisation.
  2. Coût vérifié : facture d’achat ou calcul de valorisation.
  3. Motif de baisse : défaut, obsolescence, marché perdu, prix diminué.
  4. Preuve de valeur : ventes comparables, offre de reprise, photos complétées d’une estimation.
  5. Calcul et suivi : montant antérieur, dotation ou reprise, solde final, validation.

Une photo prouve éventuellement un emballage abîmé ; elle ne prouve pas à elle seule que son contenu ne vaut plus rien. À l’inverse, un historique de vente sans lien avec les références inventoriées ne permet pas de reconstituer la perte. Reliez chaque montant à une référence et à une pièce.

La dépréciation doit également figurer dans le relevé des provisions de la liasse : 2056 au réel normal, ou tableau adapté au réel simplifié, 2033-D. Le tableau fiscal complète le dossier ; il ne remplace pas les preuves. BOFiP, conditions de forme des provisions.

Frais de vente futurs : une différence entre comptabilité et fiscalité

Les dépenses de commercialisation non engagées à la clôture ne peuvent pas diminuer la valeur fiscale du stock. Une commission future peut ainsi créer une dépréciation comptable supérieure au montant déductible. CGI, article 39, 1-5°, alinéa relatif aux produits en stock.

Prenons, séparément du cas précédent, 100 articles à 80 €, revendables 60 €. Une commission directement liée à leur vente, non encore engagée, sera de 5 € par article. La valeur actuelle comptable retenue est de 55 € ; aucune valeur d’usage supérieure n’est identifiée.

Calcul pour ce lotMontant
Dépréciation comptable : 100 × (80 − 55)2 500 €
Dépréciation fiscalement admise : 100 × (80 − 60)2 000 €
Réintégration fiscale500 €

L’écriture comptable reste de 2 500 €. Les 500 € se corrigent dans le passage au résultat fiscal, pas en diminuant artificiellement le 397. Conservez ce suivi pour la reprise : la fraction précédemment non déduite doit être neutralisée fiscalement lorsqu’elle revient dans le résultat comptable, afin de ne pas la taxer une seconde fois. BOFiP, rectifications extra-comptables.

Reprise en N+1 : vente du stock ou amélioration de sa valeur

Reprenons les trois lots initiaux. En N+1, 60 articles du lot A ont été vendus. Les 40 restants valent désormais 70 € chacun, pour un coût inchangé de 80 €. Les lots B et C restent présents, avec les mêmes valeurs qu’en N.

LotDépréciation fin NBesoin fin N+1
A2 000 €400 €
B0 €0 €
C2 000 €2 000 €
Total4 000 €2 400 €

La dépréciation du lot A devient 40 × (80 − 70) = 400 €. Il faut reprendre 1 600 € : 1 200 € pour les 60 unités sorties et 400 € pour l’amélioration de valeur des 40 unités restantes.

Si aucune reprise n’a encore été enregistrée pendant N+1, l’ajustement à la clôture est :

CompteLibelléDébitCrédit
397Dépréciation des marchandises — reprise sur lot A1 600,00
78173Reprise sur dépréciation des stocks1 600,00

Contrôle : 4 000 − 1 600 = 2 400 € au crédit du 397. Si le besoin avait augmenté, seule la dotation complémentaire aurait été enregistrée. S’il était resté identique sur les mêmes biens, aucune nouvelle charge n’aurait été nécessaire.

Certains dossiers reprennent intégralement l’ancien montant puis constatent le nouveau. Les deux écritures doivent alors être cohérentes : ne combinez pas cette méthode avec une dotation calculée seulement sur l’écart. BOFiP, suivi des dépréciations, § 110 à 140.

Stock déprécié à 100 % puis détruit : éviter la double charge

En N+2, le lot C est intégralement détruit, justificatifs à l’appui. En inventaire intermittent, les 2 000 € de coût ne figurent plus dans le stock final ; la variation de stock traduit leur sortie. Il faut parallèlement supprimer les 2 000 € de dépréciation devenus sans objet.

CompteLibelléDébitCrédit
397Dépréciation du lot C détruit — annulation2 000,00
78173Reprise de dépréciation après sortie du stock2 000,00

Pour ce lot déjà intégralement déprécié, la sortie du coût et la reprise se compensent dans le résultat de N+2, hors frais éventuels de destruction. La perte avait déjà été constatée en N. Ne rajoutez pas une deuxième charge de 2 000 € pour le même stock.

Questions fréquentes sur la dépréciation des stocks

Faut-il appeler cela « provision » ou « dépréciation » ?

Le compte 39 constate une dépréciation d’actif. Le vocabulaire fiscal utilise encore « provision pour dépréciation ». Ce mécanisme est différent de la provision pour hausse des prix au compte 143, qui suit des conditions et un calendrier propres.

Peut-on déprécier toutes les matières premières si leur prix baisse ?

N’appliquez pas mécaniquement notre calcul de marchandises à tous les approvisionnements. Examinez leur utilisation dans la production. Le PCG prévoit notamment le maintien au coût des approvisionnements individualisés pour un contrat de vente ferme dont le prix couvre les coûts et frais restant à supporter. ANC, PCG 2026, article 214-23.

Une vente après la clôture permet-elle de justifier le montant ?

Elle peut corroborer le prix estimé à la clôture si elle renseigne sur la situation qui existait déjà à cette date. Conservez la facture et expliquez le rapprochement avec le lot. Ne faites pas supporter à N une chute de valeur causée uniquement par un événement nouveau de N+1.

Que transmettre au comptable pour finaliser la clôture ?

Un inventaire rapproché, un calcul par lot, les preuves de valeur et le suivi de l’année précédente. Ajoutez la liste des biens vendus ou détruits et la part des dépréciations non déduite fiscalement. Avec ces éléments, le comptable peut contrôler le solde du 39, les écritures et les retraitements sans repartir de zéro.