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Contrat déficitaire : calcul de la perte à terminaison et compte 1516

Calculez et comptabilisez la perte probable d’un contrat à long terme : provision 1516, reprise, méthode à l’achèvement et limite de déduction fiscale.

Publié le Mis à jour le 6 min de lecture
Contrat déficitaire : calcul de la perte à terminaison et compte 1516
Sommaire de l’article

Quand un contrat devient-il déficitaire ?

Un marché à prix fixe peut devenir perdant après une hausse documentée des matériaux, une reprise de travaux à la charge de l’entreprise ou un retard dont les coûts supplémentaires ne sont pas récupérables. La comparaison porte sur tous les produits probables du contrat et tous ses coûts imputables estimés jusqu’à l’achèvement. Un simple dépassement de budget n’est pas encore une perte si une révision de prix contractuelle acquise le compense.

Le PCG, article 322-9, impose de provisionner une perte sur contrat dès qu’elle devient probable. Pour les contrats à long terme, l’article 622-6 précise que la perte globale probable est provisionnée sous déduction des pertes déjà constatées, quelle que soit la méthode retenue pour reconnaître le résultat.

Situation à la clôtureTraitement à examiner
Contrat signé et exécution inévitable, perte totale probable et estimableProvision 1516, diminuée des pertes du contrat déjà comptabilisées.
Contrat encore rentable malgré un surcoûtRéviser le résultat prévisionnel ; pas de provision pour perte à ce seul motif.
Activité future globalement moins rentable, sans obligation envers un client identifiéPas de provision pour perte d’exploitation future.
Charge de travaux déjà effectués mais facture fournisseur absenteConstater la charge ou l’encours et examiner une facture non parvenue, sans la compter une deuxième fois dans le 1516.

Cette distinction évite de transformer la provision en réserve générale. Le guide sur les provisions pour risques et charges expose le cadre général ; celui sur les factures non parvenues traite les prestations déjà reçues.

Comment calculer la perte à terminaison d’un chantier ?

ExempleMarché de construction à prix ferme

Une entreprise s’est engagée à réaliser un chantier spécifique pour 100 000 € HT. Elle suit ce contrat selon la méthode à l’achèvement. À la clôture N, elle a exécuté des travaux dont le coût imputable est de 28 000 €. Un budget technique révisé porte le coût total probable à 112 000 €. Aucun résultat de ce contrat n’a encore été reconnu ; les travaux réalisés sont suivis en en-cours selon la méthode retenue. L’exemple suppose que les estimations sont fiables et qu’aucune révision de prix certaine ne s’ajoute aux 100 000 €.

Calcul au 31 décembre NMontant
Prix total contractuel probable100 000 €
Coût déjà engagé et imputable au contrat28 000 €
Coût restant estimé84 000 €
Coût total estimé112 000 €
Perte globale probable : 112 000 − 100 00012 000 €
Perte déjà constatée dans le résultat du contrat0 €
Provision à constituer en 151612 000 €

Le coût de 28 000 € déjà engagé ne s’ajoute pas à la perte de 12 000 € : il entre dans le calcul du coût total de 112 000 €. La provision porte sur la perte globale, puis tient compte du résultat du contrat déjà reconnu. Le PCG, article 622-5, demande une identification fiable des produits, des coûts et de l’avancement ; le budget doit pouvoir être revu à chaque clôture.

Comment éviter le double comptage avec la méthode à l’avancement ?

Supposons le même contrat suivi à l’avancement. Si les travaux réalisés en N ont généré 25 000 € de produit et 28 000 € de charges dans le résultat, une perte de 3 000 € est déjà comptabilisée. La perte totale attendue reste 12 000 € : il ne faut donc provisionner que le solde de 9 000 €.

CompteLibelléDébitCrédit
6815Dotation complémentaire pour perte à terminaison9 000 €
1516Provision pour pertes sur contrats9 000 €

Les deux méthodes aboutissent ainsi à 12 000 € de perte totale reconnue en N dans ces hypothèses : soit 12 000 € de provision à l’achèvement, soit 3 000 € de perte d’exploitation déjà enregistrée + 9 000 € de provision à l’avancement. La comptabilisation du chiffre d’affaires à l’avancement exige de mesurer les travaux effectivement réalisés ; la facturation ou les acomptes reçus ne suffisent pas à mesurer seuls cet avancement. PCG, articles 622-2 à 622-6.

Quelle écriture passer quand la perte se réalise ou diminue ?

Reprenez le cas à l’achèvement. Si le coût final est bien de 112 000 € et le prix reste de 100 000 €, la comptabilisation de l’achèvement fait apparaître une perte effective de 12 000 € sur le contrat. La provision de N n’a alors plus d’objet :

CompteLibelléDébitCrédit
1516Provision pour pertes sur contrats12 000 €
7815Reprise sur provision d’exploitation12 000 €

La charge réelle du contrat et la reprise de provision restent visibles séparément. Avec ces montants, la perte a pesé sur N via la dotation ; la perte constatée lors de l’achèvement est compensée en N+1 par la reprise. Si, avant l’achèvement, un avenant signé réduit la perte estimée, ajustez le solde nécessaire au 1516 à la clôture concernée. La provision ne reste pas figée à son montant initial.

Les 12 000 € sont-ils déductibles fiscalement dès N ?

Non, pas dans l’exemple à l’achèvement. Le BOFiP sur les pertes d’opérations en cours limite la provision fiscalement déductible à la perte afférente aux travaux exécutés à la clôture. Il admet, lorsque le contrat ne donne pas directement le prix de cette fraction, de répartir le prix total selon le rapport entre coûts exécutés et coût total prévisionnel.

Dans les seules hypothèses chiffrées de ce guide : 28 000 ÷ 112 000 = 25 % d’exécution par les coûts. La valeur de vente correspondante est 100 000 × 25 % = 25 000 €. La perte sur ces travaux est donc de 28 000 − 25 000 = 3 000 €. Sur une provision comptable de 12 000 €, 3 000 € seraient déductibles à ce titre et 9 000 € seraient réintégrés extra-comptablement en N, sous réserve des autres conditions fiscales applicables. Lorsque la provision est reprise, il faut traiter symétriquement la fraction non déduite pour éviter une double imposition. BOFiP, exemple et retraitements.

Le calcul fiscal est à faire contrat par contrat et ne se réduit pas toujours à ce prorata : la méthode de reconnaissance du résultat, les situations de travaux déjà imposées et les révisions de prix certaines peuvent le modifier. Une provision comptable régulière ne garantit donc pas sa déduction immédiate en totalité.

Quels justificatifs conserver ?

DocumentCe qu’il permet de vérifier
Contrat signé et avenantsObligation, prix, révisions et indemnités éventuelles.
Budget initial puis réestimations datéesOrigine précise du dépassement et coût restant probable.
Suivi des coûts imputables et travaux réalisésÉcarter les frais étrangers au contrat et mesurer l’avancement.
Produits, pertes et en-cours déjà comptabilisésCalculer la provision sans double compte.
Solde 1516, reprises et calcul fiscal par contratRapprocher bilan, résultat et retraitements de la liasse.

Pour les entreprises du bâtiment, le guide sur la comptabilité d’un chantier BTP aide à organiser les pièces de facturation et de suivi. La lecture du bilan et du compte de résultat d’une entreprise BTP explique les effets des en-cours et provisions sur les états financiers.

Questions fréquentes sur les contrats déficitaires

Peut-on attendre la fin du chantier pour comptabiliser la perte ?

Non, si la perte totale est devenue probable et estimable avant l’achèvement. La part qui ne figure pas déjà dans le résultat doit être provisionnée à la clôture.

Le compte 1516 concerne-t-il tous les budgets dépassés ?

Non. Il faut une perte sur un contrat et non une simple baisse de marge. Un chantier dont le coût prévu passe de 70 000 à 90 000 € pour un prix de 100 000 € reste bénéficiaire, même si sa marge a diminué.

Peut-on déduire fiscalement la totalité de la provision comptable ?

Pas nécessairement. Pour les opérations en cours décrites ici, le BOFiP limite en principe la déduction à la perte sur les travaux exécutés à la clôture. Le reste fait l’objet d’un suivi extra-comptable puis d’un ajustement lors de la reprise.

Sources officielles

Sources consultées le 23 septembre 2026. Les exemples portent sur un contrat à long terme à prix ferme, sans révision certaine, avec estimations fiables et hors TVA.